Comment réduire le risque de submersion marine des centrales nucléaires ?
En France, l’industrie nucléaire a adopté des règles pour évaluer le niveau marin extrême, par conséquent les risques d’inondation et les niveaux de protection à mettre en œuvre. La tempête de 1999 a conduit à remettre en cause leurs fondements pour revoir l’évaluation, complexe, de ces risques.
Fin décembre 1999, on ne parlait que du bug de l’an 2000 et du risque de pannes des systèmes informatiques. À la centrale du Blayais, en Gironde, les équipes d’EDF sont mobilisées. Mais, surprise, c’est à une inondation d’envergure qu’elles vont devoir faire face. Dans la nuit du 27 au 28 décembre 1999, la tempête Martin fait rage sur une large moitié sud de la Métropole avec des vents autour de 200 kilomètres par heure à l’embouchure de la Gironde. Cette tempête exceptionnelle fera 27 morts en France et provoquera des dégâts considérables.
À la centrale du Blayais, située à une quarantaine de kilomètres de la côte, au milieu de l’estuaire de la Gironde, les vagues submergent la digue de protection, coupant pendant plusieurs heures la route d’accès au site. L’eau s’infiltre et inonde les sous-sols de deux des quatre réacteurs, endommageant des pompes et des équipements importants pour la sûreté de la centrale. Cet incident, unique en son genre, qui sera classé au niveau 2 de l’échelle internationale des événements nucléaires par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), révèle les insuffisances du dispositif d’évaluation du risque d’inondation marine et de protection des sites nucléaires français.
Anticiper une inondation décamillénale
Comment les évaluer ? Tout dépend, dans la zone considérée, de la fréquence de l’intensité et de la durée des inondations extrêmes. Pour cela, il est nécessaire de déterminer le niveau marin et d’étudier les deux facteurs qui le déterminent : la marée astronomique et la surcote. Phénomène physique régulier qui dépend de la rotation de la Terre et de l’attraction gravitationnelle qu’exercent sur elle la Lune et le Soleil, la marée est prévisible alors que la surcote (la différence entre le niveau marin observé et celui qui résulterait seulement de la marée astronomique) est aléatoire et difficile à anticiper car liée aux conditions météorologiques notamment au vent et à la pression atmosphérique.
En 1999, pour les sites nucléaires en bord de mer et d’estuaire comme Le Blayais, la règle de sûreté en vigueur concernant le risque de submersion était celle définie par l’ASN en 1984 : elle consistait à prendre en considération la valeur maximum entre, d’une part, la conjonction de la plus grande marée astronomique avec la surcote de pleine mer millénale (celle qui se produit en moyenne une fois tous les mille ans) et, d’autre part, la conjonction de cette même marée avec la crue millénale du fleuve rejoignant l’estuaire.
Submersions marines
En 2015, à l’initiative de l’IRSN, un groupe de travail voit le jour pour prédire les submersions marines sur la base de données historiques. Le nombre et l’identité des partenaires illustrent l’intérêt suscité : outre l’IRSN, EDF, le BRGM et le Service hydrographique et océanographique de la marine, et d’autres établissements publics, des historiens, des géographes, ainsi que des bureaux d’études y participent. En parallèle, une base de données est créée par l’IRSN, sans cesse enrichie depuis et à la disposition du public. « Pour l’instant, elle réunit 800 données relatives à des tempêtes survenues sur le littoral Manche et Atlantique entre 1507 et 2016, et plus particulièrement à partir du XIXe siècle, précise Lise Bardet. Notre but est de rendre ces données brutes exploitables pour le plus grand nombre. » Des fiches sont ainsi élaborées au sein du groupe de travail pour synthétiser les informations disponibles sur des événements majeurs et, lorsque des données quantitatives le permettent, pour évaluer des niveaux marins dans les différentes localités touchées. Les deux premières fiches concernent les tempêtes de 1877 sur l’Atlantique et 1949 sur la Manche.